Journal fictif d'Asmin Lazare

Asmin Lazare.
Journal fictif d'une âme en fin de vie.

Recueil

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#16

Je possédais suffisamment de choses pour que la société dans laquelle je vivais qualifie ma vie de réussie : un logement, des amis, un travail, un téléphone mobile, une certaine dépendance à l’alcool et un prêt dans une banque. Tout allait bien dans le meilleur des mondes. Alors comment ai-je fait pour en arriver là ?
Si l’on remonte quelques années en arrière, voici quelle était ma vie et surtout comment débute cette histoire :

Huit heures moins cinq. Avant que le réveil ne sonne je m’éveille sans mal. Rapide coup d’oeil sur ce qui ne s’est pas passé durant la nuit dans le virtuel. Quelques exercices de yoga. Une douche chaude pour retourner peu à peu à la réalité. J’enfile ma veste, claque la porte, enfourche mon vélo et commence à pédaler entre le flux continu de ces voitures pilotées par des zombies qui s’agacent pour arriver sur leur lieu de travail. Alors que moi, je suis tellement différent de tous ces moutons. Même si je me rends au même endroit. Une agence au service de produits plus inutiles les uns que les autres que l’on markette pour vous faire croire que votre quotidien sera meilleur avec. J’en ai conscience. Je passe même une partie de mon temps de cerveau disponible à cracher sur le grand capital. J’alimente ce paradoxe qui petit à petit m’étrique dans mes souliers. Je me sens petit, mais nous le sommes tous, alors ça va. Une fois ma tâche accomplie, je m’appuie sur un comptoir et noie ma culpabilité dans quelques litres de malt d’orge. La bière blanche, seule échappatoire à la monotonie de mon existence peu productive. Preuve en est : le décapsuleur accroché à mon trousseau de clefs qui vient d’ouvrir la seconde bière depuis les premières lignes. Bientôt j’irai pisser. Déverser plusieurs centilitres de moi-même jusqu’au plus profond de cette ville puante et oublier à jamais combien au fond de nous on peut être sale. Jusqu’à la prochaine envie.

Je suis Asmin Lazare. Et je suis mort depuis bien longtemps déjà.